En 1984, des milliers d’Africains de 26 pays frappés par la famine se retrouvent dans des camps au Soudan. A l’initiative d’Israël et des Etats-Unis, une vaste action est menée pour emmener des milliers de Juifs éthiopiens vers Israël.
Une mère chrétienne pousse son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort. L’enfant arrive en Terre Sainte. Déclaré orphelin, il est adopté par une famille française sépharade vivant à Tel-Aviv. Il grandit avec la peur que l’on découvre son double-secret et mensonge : ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvrira l’amour, la culture occidentale, la judaïté mais également le racisme et la guerre dans les territoires occupés.
Année de sortie : 2005
Pays : France-Israël
Distribution : Yaël Abecassis (Yaël Harrari), Roschdy Zem (Yoram Harrari), Moshe Agazai (Schlomo (enfant)), Moshe Abebe (Schlomo (adolescent)), Sirak M. Sabahat (Schlomo (adulte)), Roni Hadar (Sara), Yitzhak Edgar (Qès Amrah), Rami Danon (Papy),
Genre : Drame
Durée : 2h20.
Age recommandé : à partir de 11-12 ans
Public : filles comme garçons
Niveau de difficulté culturelle (de 0 à 5) : 3 en raison de références au contexte géo-politique du Moyen-Orient.
Contexte historique : la situation en Israël dans les années 80
Principaux thèmes traités : racisme, amour maternel, adoption, religion, histoire, destin, conflits dans le Moyen-Orient, identité, guerre
Pourquoi ce film ?
Ce film hybride, entre le documentaire, la fresque historique et la saga sentimentale, est parfait à montrer à des enfants de 11-12 ans. C’est un film idéal pour faire passer des messages, sans tomber dans le panneau des leçons de morale traditionnelles. Jamais les situations ne sont présentées de façon schématique ni le ton trop « mélo ». Cela tient peut-être au fait que le réalisateur, Rahdu Mihaileanu a vécu le même type d’histoire mais « à l’envers » en quelque sorte : lui, c’est un juif d’origine roumaine dont le père fut obligé de cacher son origine juive pendant l’occupation nazie.
Bref, c’est un véritable petit bijou. La seule critique générale concerne la dernière scène du film qui là pour le coup, est à mon sens complètement ratée dans sa réalisation.
Sur « va, vis et deviens », il y aurait mille choses à dire : comme dans beaucoup de sagas, les trajectoires et personnages se croisent et se recroisent, dans un contexte à la fois lourd et mouvant. Les trois thèmes qui m‘ont le plus marqué en le regardant en famille sont :
La quête de l’identité, en tout premier lieu
Schlomo cumule tout, le pauvre : il est noir, orphelin, non juif (en Israël) et étranger. Manquerait plus que ce soit une fille!
Ce film est avant tout l’histoire d’un parcours initiatique, ou comment Schlomo cherche et va construire son identité. “Va, vis et deviens” sont les paroles que sa mère naturelle lui adresse quand il la quitte dans le camp. Le film décrit alors les trois étapes de cette quête : départ (“va”), découverte de la vie (“vis”), et accomplissement de son destin d’homme (“deviens”).
Il est écartelé entre de multiples sentiments :
Il ne comprend pas pourquoi sa mere lui a demandé de partir
Il a le sentiment d’être un imposteur et ressent une culpabilité permanente
Il la volonté de rester et de s’intégrer mais tout autant le désir de repartir dans son pays
Il est accepté par une partie de la société israëlienne, mais rejeté par l’autre.
Il en résulte un certain nombre de comportements, parfois difficiles à décrypter pour son entourage, avec un côté “Petit Prince” de Saint-Exupéry.
La scène magnifique est celle où il vient raconter une histoire à sa mère pour exprimer sa souffrance : une histoire de singe avec des épines sous les ongles, qui se demande s’il faut s’arracher les ongles pour enlever les épines. C’est une sorte d’appel au secours de la part de Schlomo.
Cet épisode m’a montré, à moi aussi, que malgré tous les efforts que l’on fait pour essayer de comprendre et de consoler son enfant, chacun a sa part de secret et doit faire lui-même son chemin, parfois au prix de souffrances déchirantes pour le fragile coeur des mères…..
L’accueil des plus “malheureux” que soi
Les enfants invités à la maison ont toujours été traités comme mes propres enfants, c’est un principe chez moi. A fortiori, lorsque je sais que ce sont des enfants dans des situations difficiles, je leur accorde une attention particulière et fais en sorte que le passage à la maison puisse être une parenthèse dans leur existence difficile, et ce parfois, je dois l’avouer, au détriment de mes propres enfants. Ces derniers n’osent pas se plaindre ouvertement mais ne comprennent pas toujours très bien.
De même, malgré toutes les precautions prises, nos enfants, ou en tous cas les miens, sont aujourd’hui hyper-gâtés, ce qui n’est pas un mal en soi, sauf lorsqu’ils commencent à réclamer plus et encore plus, à se plaindre périodiquement, ou à ne plus vouloir partager.
“Va, vis, deviens” a été une occasion d’essayer de leur faire comprendre mon attitude.
Le personnage du père adoptif, incarné par le formidable Roschdy Zem, est vraiment parfait. Le discours de bienvenue lors du premier diner est une anthologie en matière de discours d’ouverture, de tolérance et de fraternité tandis que la scène où il arrache son fils adoptif d’une circoncision forcée, montre le lien presque charnel qui existe entre les deux, en tous cas de son côté….
Dans un autre registre, la scène où Schlomo se fait insulter parce qu’il a soigné un soldat de la partie adverse, montre l’incompréhension que peut susciter dans notre société les comportements trop altruistes. De même, le tableau qui est fait de la droite ultra-religieuse est une belle illustration du racisme et du rejet de l’autre.
Mes enfants ont eu l’air de bien recevoir tous ces messages…mais il ne faut pas oublier qu’on était …au cinema…et pas forcément dans la vrai vie.
La mère, bien évidemment…(surtout lorsque l’on est une mère)
Quatre mères sont présentées et ce sont quatre mères hors-du-commun :
Sa propre mère d’abord le chasse loin d’elle pour lui permettre d’échapper à la famine et à une mort certaine : elle fait alors le plus grand des sacrifices
Il y a ensuite une juive éthiopienne qui vient de perdre son propre fils qui le prend sous son aile et l’adopte comme sien pour lui donner une identité l’autorisant à aller en Israël.
Mais celle-ci meure et Schlomo est recueilli par une famille adoptive juive : sa nouvelle mère ira à la rencontre de Schlomo et, protectrice, l’aidera à grandir loin de la terre à laquelle il a été arraché.
Enfin, Sarah, renoncera à sa famille par amour pour Schlomo, puis devenant mère à son tour, lui permettra de retourner dans les bras de sa mère originelle qu’il n’a eu de cesse de retrouver…
La plus bouleversante, et c’est elle qui tient une bonne partie du film, est la mère de la famille adoptive, interprétée par Yaël Abecassis. Dans la famille des mères, c’est elle que je veux !
Elle est absolument parfaite : tendre, affectueuse, attentionnée, complice, aimante, admirative, patiente, généreuse, courageuse et même respectée. Bref, le rêve intégral. Deux scènes sont particulièrement belles et justes :
cela se passe à la sortie de l’école, dans laquelle Schlomo vient d’arriver. Le responsable de l’école vient annoncer à la mère que des parents sont inquiets et ont peur pour leurs enfants de la contagion éventuelle de maladies que pourraient avoir Schlomo. La mère se met dans une colère terrible, invoquant que Schlomo est en parfaite santé et n’a pas plus de maladies que les autres ; pour les convaincre, elle en vient même à lécher son fils adoptif avant de partir la tête haute devant l’assemblée médusée.
J’ai retrouvé dans cette scène des situations similaires, certes beaucoup moins spectaculaires, dans l‘école de mes enfants. De nombreux parents ont pu s’émouvoir plus ou moins discrètement de la menace qui pesait sur le niveau scolaire de leur enfant, la présence d’enfants plus jeunes ou bien même présentant un léger handicap.
C’est ensuite la scène où Schomo adolescent décide de partir faire ses études de médecine en France. La mère vient à l’aéroport pour lui dire au revoir mais surtout lui avouer un secret : au moment où il lui a été proposé d’adopter un petit juif éthiopien, elle voulut refuser ; elle avait peur pour elle, pour ses enfants. C’était en fait le père adoptif qui a poussé et a emporté la décision. Au risque de ternir son image de mère idéale, elle montre en quoi Schlomo doit son accueil dans la famille, à son père, avec qui il est en conflit depuis l’adolescence.
Certes, en disant cela, cette mère bouleversée se libère de remords lourds à porter. Néanmoins, il ne s’agit pas simplement de scrupules. Il s’agit également d’amour et surtout d’honnêteté ; l’honnêteté est de reconnaître la place qu’a eu le père et d’admettre que l’on s’est trompé. L’honnêteté des parents est pour moi essentielle dans l’éducation des enfants : on ne peut se faire respecter que si l’on est honnête. Il n’y a pas de parents parfaits, de parents qui ne se trompent jamais ou qui n’ont jamais commis d’erreur. A vouloir être le modèle, on devient facilement le contre-exemple. Après il faut savoir ne pas tomber dans l’extrème inverse et aboutir à une certaine dévalorisation de l’adulte, ce qui peut être nuisible à l’enfant. Il y a une part d’idéalisation et de mythe à conserver et entretenir, nécessaire à leur construction.
Bref, j’aurais aimé que mes enfants me reconnaissent en cette mère… mais, pour être franche, je n’ai pas osé leur poser la question….
Mes p’tits trucs à moi
Faire référence au film plutôt que sortir l’incontournable « Pense aux gens qui n’ont rien à manger » : « pense à Schlomo »
« Fais pas ton schlomo », dès que l’un se met à bouder
Essayer de se mettre au niveau de l’enfant pour le consoler d’un chagrin ou le comprendre
Ne pas toujours vouloir résoudre les problèmes de ses enfants à leur place
Précautions à prendre
Expliquer si possible préalablement le contexte géo-politique du Moyen-Orient
Les enfants qui l’ont vu
Chez les plus sensibles, c’est un beau film mais bien sûr un peu triste. Pour les autres, le côté saga les a bien intéressés ainsi que la description d’Israël.
Si vous avez aimé, vous pouvez voir…
« Le concert » de Radu Mihaileanu (2010), mais surtout “Train de vie” de Radu Mihaileanu (1998).
Dans le registre « situation géo-politique en Israêl » : « les Patriotes » d’Eric Rochant (1994), « Tu marcheras sur l’eau » d’Eytan Fox (2005), « les Citronniers» d’Eran Riklis (2008)